Cher Frédéric Saenen,
Je vous félicite pour l’excellent travail que j’ai pu lire, Léon Degrelle, chez Perrin. Remarquable enquête, exposé précis, merci.
J’avais approché la figure de Degrelle, naguère, dans le petit livre de l’auteur des Bienveillantes, Le sec et l’humide, et je trouve chez vous cette biographie qui faisait défaut. La psychologie nazie, Littell l’avait bien sentie, faite d’abord de répulsion et de ce que tout de suite Malaparte avait identifié: non seulement la haine du faible, mais surtout, d’abord, au fond, la paradoxale peur du faible. (Structure inconsciente toujours active dans la psychologie de l’extrême droite.)
Ce n’est pas tant la psychologie que vous dépeignez chez Degrelle, et tant mieux. Mais tous ces faits, qu’il fallait vérifier. Merci encore. Car la difficulté vraiment décourageante, avec ce personnage sinistre, c’est bien entendu sa mythomanie. Comment faire la biographie d’un mythomane? D’un mythomane manipulateur, qui a tôt fait du mensonge le garant même de son amour propre?
Vous, vous tenez la barre fermement, vous résistez aux vents contraires, et c’est une prose particulièrement méritante qui en atteste.
Je pars demain en Espagne, je vais emmener l’ouvrage avec moi pour relire les chapitres espagnols et retraverser l’ouvrage, en zigzag cette fois, grâce de l’index nominum (dont on vous sait gré).
Je passerai par San Sebastian après-demain, aux initiales suspectes, mais vous assure de ne pas y atterrir en bombardier.
Bien cordialement vôtre,
Grégoire Polet


