Elle me dit : plus personne ne lit un texte, on demande un résumé à l’IA. Du reste, plus personne n’écrit non plus un texte, on demande à l’IA de le rédiger.
Aussi, ajoute-t-elle après une gorgée de blanquette (de Limoux, fines bulles, goût âpre et noisetté du cépage local), est-ce le moment de la poésie.
C’est le moment de l’irréductible. De l’irrésumable, de l’indirect, de l’immédiat. C’est le retour de la littérature après un demi-siècle de dévaluation.
Et le public? (C’est moi qui demande.)
Le public?
Elle rit.
Sa réponse vint plus tard, après dîner:
Le public est un désert où la poésie organise des oasis.
Puis il y eut au dessert cette autre pensée: l’IA ne peut être que lectrice et plagiaire. C’est sa condition de machine. Aussi ne peut-elle se trouver qu’à l’intérieur de la caverne. (Allusion à Platon et au fameux mythe.) C’est le retour, insistait-elle de sa voix toujours douce, nécessairement, de la littérature écrite hors de la caverne. Il n’y a plus de place pour l’art à l’intérieur. L’IA y règne. Voilà ce dont les éditeurs (et elle travaille auprès d’un des grands) doivent prendre la mesure.
Deux pensées sur une soirée de bavardage, c’est à vrai dire une énorme récolte. Nous vîmes aussi deux étoiles filantes, malgré l’abondance de lune. À vingt kilomètres, un incendie faisait rage depuis deux jours.