Citations clefs (2)

Victor Hugo, en 1840, à propos de la langue:

Les grammairiens la constatent, les poètes la font.

Idéal pour amener celle-ci, encore plus avancée sur le même sujet, de Pessoa:

Je n’écris pas en portugais. J’écris en moi-même.

Voilà pour la langue des créateurs.

Puis Paul Klee, à propos de la force créatrice:

Nous sommes chargés de cette force jusqu’au dernier atome de moelle.

Et ce n’est pas une façon de parler. Il veut dire vraiment ce qu’il dit: c’est dans la constitution matérielle, c’est au fond du corps, c’est bien là que ça réside. D’où l’intérêt de toutes les civilisations pour les reliques (bouts d’os, atomes de moelle) des individus prodigieux.

En passant, l’épitaphe du prodigieux Klee, mort (?) d’un arrêt du cœur à 60 ans, en 1940, un 29 juin:

En ce monde nul ne peut me saisir, car je séjourne aussi bien chez les morts que chez ceux qui ne sont pas nés.

Il faut un certain culot pour dire, affirmer, cela, mais on ne peut indéfiniment taire l’évidence ou la certitude. Et c’est ici que revient Victor Hugo, comme par hasard:

L’homme ne vit pas que de pain, mais aussi d’affirmation.

Du reste, d’une manière ou d’une autre, la pensée tourne toujours autour de ces séjours insaisissables de l’être humain dans le hors-temps. Même Schopenhauer, prolongeant Descartes à sa façon:

De ma premisse: « le monde est ma représentation », s’ensuit cette conséquence : « je suis d’abord, ensuite le monde est ». C’est ce qu’on ne devrait pas oublier, pour ne pas confondre la mort avec l’anéantissement.

Donc, mourir, c’est seulement sortir du monde ou même tout simplement ne plus produire sa représentation. Joli! Descartes n’avait sans doute pas envisagé cette conséquence du cogito! Toujours intéressant, ce Schopenhauer. Texte: Du néant de la vie. Pages qui, comme de juste, gagnent à être relues. Je sais bien que Nietzsche a dit de lui qu’en fin de compte il ne se distinguait pas des autres philosophes et n’était à tout prendre, comme eux, qu’un faux monnayeur… Mais on pardonne beaucoup à ceux qui ont et donnent le goût de penser, cette action si rare et si gratuite. Dont Paul Valéry, cet autre faux-monnayeur, notait très justement ceci, avec un mélange d’amertume et de gaieté:

Une pensée est par nature une exception à la règle générale, qui est de ne jamais penser.

Merci Paul et CQFD.

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