Que le temps et l’histoire seraient le milieu d’un avènement, d’une révélation progressive du vrai parmi le faux, comme la solution d’un problème prend forme progressivement, comme la vérité d’une enquête se fait jour au fur et à mesure, dans un roman policier. Voilà l’idée que je tire de cinq minutes de lecture au hasard dans un Pléiade pris au petit bonheur sur une étagère, Saint Augustin, Cité de Dieu, livre 18. Il y aurait deux réalités (deux cités) l’une dans l’autre. Une divine et une du monde, du siècle. La divine, la vraie, la lumineuse, va, approche, se confirme, s’expérimente à l’intérieur de l’autre et par l’autre, et transformant l’autre, utilisant sa matière. Le faux retourné, modifié, métamorphosé en vrai. Et au fond, le plus plaisant là-dedans, c’est qu’à aucun moment il (Augustin) n’utilise le mot « au-delà » et que tout, donc, même la vie divine, est dès ici et maintenant, au milieu du faux et environné d’erreur. Fameux paysage pour cette promenade. Promenade de vie divine à travers le paysage de l’erreur, de la désolation, de la mort. Chant de vérité sur les concerts de mensonge. Ici, tout de suite, définitivement et sans peur. Un sorte de Pac-Man grossissant de vérité en bouffant des pastilles d’erreur.
Il y a décidément chez cet Augustin quelque chose qui me plaît.
Oui, semble-t-il dire, le silence est possible au milieu du bruit. La musique au cœur du tohu-bohu. L’innocence au sein du crime. Le pardon au fond de la haine. L’espérance quelque part sous le brouillage des informations et du journal. C’est là, c’est le mode d’être de la réalité divine. Ici. Comme disait Éluard: l’au-delà, d’accord, si c’est ici-bas déjà et tout de suite.
Faut que je retrouve la citation exacte.