Théorie littéraire de la miséricorde

La littérature en tant que langage, pourrait-on dire, égale le réel plus le pardon.

En ce sens, la véritable machine à se déplacer dans le temps, c’est, précisément, le pardon. Partout, jusque dans la moindre fibre du plus éloigné des états. C’est d’ailleurs le mode de déplacement divin par excellence.

Le pardon en tant que cette puissance, est une sorte de contre-oubli, en beaucoup plus fort. Car il est bien des domaines où l’oubli ni la conscience n’atteignent, tous deux beaucoup plus limités que la mémoire. Or la mémoire, comme le mal et comme le pardon, n’a pas les limites de la conscience. (Et l’inconscient, continent exploré par les traditions psychanalytiques, ne l’oublions pas, est une mémoire.) En ce sens on peut dire, pour reprendre une expression vulgaire, qu’il est « fort comme la mort », à condition d’ajouter qu’il l’est davantage, puisque la mort ne peut agir qu’en une seule direction et, en quelque sorte, qu’une seule fois, alors que la pardon peut quant à lui, en tant que force agissante, aller, venir et revenir librement et sans diminution.

Ainsi le pardon constitue l’élément coextensif à la mémoire et possédant une énergie propre, force motrice et transformante. L’effet le plus apparent de cette force est le réveil des éléments auxquels elle s’applique. Et la littérature, dans ces conditions, n’est pas seulement la représentation plastique la plus éloquente de ce phénomène, elle est aussi un de ses modes d’apparition. Je pense: son mode d’apparition privilégié.

On devrait prolonger cette théorie littéraire de la miséricorde : le pardon comme véhicule, vecteur et force, dans un espace réel à dimensions infinies défini comme « le langage ».

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