Pensée chimique versus mécanique

Pensée chimique versus mécanique

Dans mon rêve je m’efforçais d’expliquer à des étudiants (rêve oblige, parmi les étudiants se trouvaient ma belle-mère et, mêlée à elle, une vieille amie de ma mère) (la salle de classe était en bois — plancher, lambris — clair, ambiance havane et whisky) en quoi la vision du monde occidentale et singulièrement anglo-saxonne, était essentiellement quantitative, et quelles conséquences limitantes cela avait sur la pensée, l’intelligence, la création et sur la liberté même. Je développais (ou plutôt, je me souviens, je promettais de développer un jour suivant, à l’occasion, mais plus de la moitié de l’auditoire semblait — avait-on voté? Leur avais-je fait lever la main ? Je crois — désirer que je développasse tout de suite) le sujet, montrant qu’une appréhension quantitative du réel entraînait une vision mécanique de son fonctionnement. Le réel devient compréhensible surtout puis exclusivement par la métaphore de la machine et du mécanisme, d’une logique menant à un résultat. D’où s’ensuivait, comme par contagion, par gangrène, que la pensée elle-même était considérée comme procédant mécaniquement. Et le cerveau n’était plus abordé que comme une machine subtile. Et que de cette manière on perdait l’accès à la pensée elle-même, qui se distingue par nature de la machine, bien qu’elle puisse en inventer. La conclusion flottait depuis le début du rêve dans l’atmosphère de bois miellé de la salle de classe, qui ressemblait aussi à une salle d’audience et qui était traversée par des rais de lumière poudreuse rappelant l’éclairage des films hollywoodiens des années 80 (Les trois jours du Condor, Sydney Pollack) et disait: car la pensée est l’expression d’un organisme chimiquement vivant, et voilà toute la différence. Absolument rien à voir avec aucune logique mécanique ni interne ni de soubassement. L’expression complexe d’un organisme vivant! Une question de bio-chimie!

Dans le rêve, cette réalité chimique et vivante de la pensée faisait de l’effet dans l’assistance, comme un charme. Chacun semblait sentir en lui la matière organique et électrique de son vouloir profond, bouillonnant comme un trou de lave, et rouge sombre comme une matrice. Alors le rêve s’était achevé, pour une fois ayant donné l’impression d’avoir été au bout de son propos.

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