Plafonds
Nous avions parlé pendant près d’une heure dans un palais vénitien avant que je m’aperçoive que le plafond de la salle était peint, et magnifiquement, de scènes mythologiques dont certaines, me disais-je en rentrant à l’hôtel, illustraient nos propos, d’autres les démentaient et d’autres encore les dépassaient largement. Notre blabla, notre babil (soyons gentil), contraste remarquablement éphémère sous la durée vaste et colorée, aérienne, des plafonds hauts. Leur parole silencieuse et sonore, leur grand langage au-dessus de nos têtes, inaperçu, disait en puissants mots calmes et séculaires les peut-être un peu minables potins qui nous tombaient de la bouche. Mais quel essor et quelle protection de parler sous des plafonds qui savent, vous corrigent, vous sauvegardent. Pensent pour vous. Vous couvrent. Et vous parlent clair avant de partir.
Hôtel. Rêverie tout habillé sur le lit et les mains sous la nuque. Pension modeste et humide. Plafond blanc: moustiques écrasés, huit, neuf, dix, onze.