Venise

Venise

Le grand acacia sous la fenêtre fait dans la tempête ce matin des mouvements comme un ours en colère. Les vitres pleurent. Le voisin écoute la radio et le campanile de San Pietro dans le flou devient double et parfois triple.

J’ai remarqué hier que Venise est une ville (son dédale en particulier) qui déplaît aux gens qui n’ont pas envie de se connaître eux-mêmes.

N’importe quel visiteur ici se mue en Ulysse et, recouvert d’armes héroïques qu’il ignorait, fait, pour aller ou pour venir, un chemin inattendu, long et compliqué. Tout itinéraire dans Venise est une étape vers Ithaque. Et l’inconnu qu’on a le plus de chance de rencontrer par surprise débouchant d’une ruelle où l’on ne passe pas à deux de front et qu’on avait peut-être prise pour une impasse, c’est soi-même.

Ce qui rappelle Joyce et la phrase clé au milieu exact de son Ulysse: « Vous pensez vous échapper et vous vous retrouvez nez à nez avec vous-même. Le plus long soit-il tout chemin est le plus court pour revenir chez soi. »

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