Échecs miroir

Échecs miroir

Bien jouer aux échecs, c’est évidemment toujours jouer contre soi-même, et gagner parfois et perdre d’autres fois. Contre soi-même en ce sens que la meilleure technique de jeu pense également à ce que l’on va jouer soi-même qu’à ce que l’adversaire pourrait faire et penser. Ainsi sommes-nous à la fois nous même et la projection de nous-même ou de notre meilleure capacité de réflexion de ce que l’autre pourrait penser et faire. Mon adversaire, c’est moi, que j’observe de l’extérieur. Moi qui m’étonne (ou pas), moi que j’essaie de comprendre et de prévoir. Puisque je pense à chaque coup joué par mon adversaire à la tactique qu’il est en train de mettre en place, c’est ma pensée qui se trouve en face de moi, c’est à dire en face de ma pensée. C’est là que réside le plaisir sans fin de gagner ou de perdre, presque égal, à ce jeu merveilleux. Penser, comme on le fait naturellement toujours, à ce que l’autre pense que nous pensons, entrer dans sa stratégie envers nous, et à ce qu’il pense que nous pensons qu’il pense, à l’infini ou presque, voilà le jeu de miroir dans le miroir qui allume le charme profond, secret et inextinguible des jeux de stratégie en général et du roi indiscutable de ces jeux-là.

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