E.T.

De loin la plus sagace des théories sur les extraterrestres nous vient d’E. A. Poe. Il nous explique qu’ils sont innombrables et d’espèces toutes différentes. Il nous explique qu’ils ne sont pas moins rudimentaires que nous, c’est à dire limités par la cage des sens. Poe décrit en effet nos sens comme ce qui nous fait percevoir certains aspects et catégories de l’être, à l’exception de tous les autres aspects et catégories. Ainsi, notre condition matérielle corporelle actuelle, nos sens limités et l’espace-temps dans lequel ils nous font évoluer ne nous permettent de percevoir ni les extraterrestres ni leurs mondes, pourtant concomitants.

Et, corollaire génial du divin Poe: nous sommes également imperceptibles aux extraterrestres qu’ils le sont pour nous.

Voilà comment tout est très peuplé, et que, pourtant, on se sent seul.

La théorie vient de sa nouvelle Révélation magnétique (révélation, comprenons apocalypse) versée en français par Charles Baudelaire, qui a dû beaucoup éprouver de plaisir à traduire ceci, vers la fin du texte:

« Il y a bien des choses sur la terre qui seraient néant pour les habitants de Vénus. Et bien des choses visibles et tangibles sur Vénus, dont nous serions incompétents à apprécier l’existence. ».

Ce qui nous rend capables peut-être, maintenant, de contempler cette obscure et néanmoins éclatante pensée du décidément très avancé E. A. Poe dans cette même apocalypse magnétique de douze pages à peine:

Les étoiles ne sont que des ombres. L’œil des anges les efface.

Très haute, elle file, cette poésie-là.

Chut. Silence. Car dans ces sphères circule à présent l’écho des Réversibilités du poète des Fleurs du mal: Ange plein de gaieté, ange plein de bonté, ange plein de santé, ange plein de beauté, ange plein de bonheur, de joie et de lumières… de toi je n’implore que les prières, ange plein de bonheur, de joie et de lumières!

N’est-ce pas? Mais oui.

Laisser un commentaire