Je viens d’être nommé ministre. Nommé moi-même, et ministre au sens de serviteur, bien entendu. Sens unique et authentique, étymologique et cardinal. Ministre de qui? De quoi? De la parole. Ministre de la parole. C’est-à-dire son serviteur. Quel bon maître et quelle bonne situation que la mienne! Volontaire, en plus!
J’habite chez mon maître, son palais (ô langage) rivalise avec les plus beaux logis pensables et imaginables. J’y ai toutes les clés et la seule limite qu’on m’impose sont mes propres capacités. Que j’exerce toujours davantage. Plaisir. Luxe, calme et volupté. C’est là qu’il faut aller vivre! Évidence plus qu’évidente! Seule adresse possible! Un ami versé en théologie hébraïque m’affirme du reste que c’est le lieu exact où se produira la résurrection des morts. Pour être précis, il a utilisé le temps présent de l’indicatif et non le futur: « où se produit la résurrection », et il n’a pas ajouté des morts. Bon!
Si je vous disais avec qui j’habite et fraie par ici! Vous devinez? Coup d’œil sur votre bibliothèque? Tous les grands et seulement les grands? Voilà, c’est bien la liste des invités. Je vous laisse, j’ai rendez-vous pour un café avec Edgar Allan Poe. Et deux autres engagements dans la foulée. Crème de la crème. Fine fleur. Huiles. Agenda de ministre.