Selon elle

Ce qu’elle disait ce matin-là, sous le ciel gris serpillère, m’est resté. Côte à côte sur le quai de la gare, attendant le train dans le froid : « C’est tout plein de jaunes, de roses, de gris, de bleus. » Nous regardions le même ciel inexpressif (du moins à mes yeux), dans la même monotonie d’un matin quelconque de navetteur, et elle, elle voyait ces couleurs. D’ailleurs, elle n’omettait pas le gris ! Elle le voyait aussi ! Mais moi je ne voyais que lui. J’ai deviné, le soir, en y repensant, que sans doute ma voisine de quai et de train (on ne se connaît que de cette coïncidence quotidienne de nos routines) devait faire de l’aquarelle à ses heures perdues. Je me suis aussi rappelé une phrase de mon amie violoniste : si les peintres peignaient la réalité comme elle est, on les prendrait pour des fous.

(À moins que la phrase exacte ne fût : « Quand les artistes peignent la réalité comme elle est, on les prend pour des fous. » Je ne sais plus.)

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