
Pour E. A. Poe, toute pensée a vocation à ne jamais arrêter sa course, toute parole prononcée l’est pour toujours et ne cesse jamais son voyage. Et c’est ce que me disent aussi les phylactères lancés dans l’espace infini quantique azuré des appartements Borgia du palais des papes au Vatican, décorés à la fin du quinzième siècle par le Pinturicchio, rubans de paroles et de pensées des prophètes et de sibylles dont le dire précisément défie le temps, déjoue les mensonges du passé, les déceptions du présent et les absences de l’avenir. Souplesse, cambrure, évitement, c’est par une chorégraphie de poseur de banderilles que la parole atteint son but, qui est de ne pas en avoir, infiniment. Ou comment, selon le proverbe espagnol, écrire droit avec des lignes courbes…