Larves

ChatGPT me dit que kara, en russe, signifierait punition, ou du moins aurait la même racine. J’ignore tout à fait le russe et il faudra que j’aille vérifier cela. Je lui demandais si Karamazov voulait dire quelque chose en russe parce que, je ne sais pourquoi, il me revenait que ce nom, inventé assurément par Dostoïevski pour ses fabuleux personnages, avait un rapport avec le mot insectes. Quels étranges souvenirs la mémoire du lecteur construit-elle donc: les frères Karamazov (le père inclus!), insectes, ou fuyants, ou fixes, ou dangereux, ou grouillants. Bref. Mille pattes, scolopendres, scorpions, mais aussi papillons, chenilles, larves, animaux à métamorphoses. Oui, à n’en pas douter, Aliocha commence le roman à l’état clair et vitreux d’une larve. A coup sûr, Fiodor, le papa, est à lui tout seul un grouillement de cloportes sous une pierre humide. Plus que probablement, Ivan, le savant, l’instruit, le sévère, le maître de lui-même, le tendu quasi déchiré sous le masque intellectuel, fait figure dans les premiers chapitres de mante religieuse solennelle et figée, imprévisible. Quant à Dimitri, aucun problème, c’est le noble et inquiétant mille-pattes qui de loin sur un mur lisse paraît un trou, une fissure, et qui apparaît, redoutablement vivant, à mesure qu’on s’en approche. C’est simple. Simple comme un cauchemar.

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