Mûres

Sous le mûrier, avec Machiavel.

Je pourrais lui parler de choses pas encore arrivées de son temps. Par exemple lui répercuter l’écho d’un propos tenu quelque part (je veux dire, dans je ne sais plus quel livre) par Roberto Bolaño, l’écrivain chilien de Barcelone, auteur de 2666 et décédé en 2003, à cinquante ans à peine, et qui me traverse curieusement l’esprit : « Si j’ai quelque chose à transmettre à mes enfants, ou que j’espère qu’ils comprennent ou sachent faire, c’est, je pense (et je cite de mémoire), de savoir passer sept ou huit heures à faire l’amour pendant une après-midi chaude.

Qu’en dira Machiavel ?

On verra. Je vous dirai.

Mon opinion à moi est que ces après-midi, ces heures de temps distendu à faire l’amour appartiennent à l’âge mûr. C’est à quarante ans qu’on est concerné. Bolaño lui aussi, je crois, parlait de cet âge-là. Il était, que je sache, en procédure de divorce d’avec sa première femme et en oubliait les soucis dans l’affection d’une autre, que j’ai vue un jour, subrepticement, marchant à côté de lui, main dans la main, sur la promenade de mer de Blanes, sur la Costa Brava, où ils vivaient. Elle avait des cheveux ondulés. Auburn, dans mon souvenir du moins. C’était à l’arrière-saison Sur la plage, des parents déjà en anorak et des enfants encore en maillot de bain. Pelle, seau, ballons. Rires, disputes. Énorme ciel glouton les ayant dévorés depuis longtemps. Petits bateaux en cale sèche sur le sable. Couleurs. Sonorité ambiante de la langue catalane.

Mes souvenirs plairont-ils beaucoup à Machiavel, sous le mûrier toscan de son jardin ?

Je ne sais pourquoi, il me dit : « On récolte ce qu’on a semé. »

C’est sûr.

Tout à coup je me dis que je vais récolter surtout des mots, et de l’amour.

Vivement l’été ! Les moissons ! L’automne !

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