Assassinat

Le commissaire était célèbre pour des petites phrase du genre : « J’ai des ennemis, mais pas assez, il m’en faudrait plus. Comme ça, ils se battraient entre eux et ça me laisserait en repos. » Le commissaire était nerveux depuis des jours, depuis des mois, parce qu’il essayait vainement d’arrêter de fumer.  Il conduisait toujours lui-même la voiture.

A son arrivée, la scène du meurtre n’avait pour ainsi dire pas bougé. Sauf les plantes vertes, que les ordres du sergent n’avaient pas empêché d’onduler et de danser au vent léger et parfumé (24 août) qui passait par la fenêtre. C’était la fenêtre de rue, deuxième étage. Accroché à la façade, un jasmin grimpant. D’où l’air parfumé.

Il y avait aussi de la musique. Elle venait d’une maison voisine que ni l’agent ni le commissaire ne s’étaient fatigués à identifier. Du piano. Des arpèges de Schubert (invisibles petites notes comme des colonnes de fourmis) rapides allaient sur les cheveux de la victime, sur le sang, sur l’arme du crime (un couteau), sur le ballottin de pralines Leonidas que le commissaire indique de l’index. Réponse réflexe de l’agent :

— On n’a touché à rien, patron.

— Ah bon, ah bon. Vous en voulez une ?

L’agent hésite. Est-ce une plaisanterie ?

On ne dirait pas.

— Un manon, volontiers…

— Avec noisette ?

— Si yen a. Merci.

Le papier peint est vert, exactement le vert d’une bouteille de bordeaux vide quand le soleil la traverse.

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